En Inde, les veuves ne sont pas invitées dans les cérémonies publiques. Il y a des siècles qu’on ne les oblige plus à s’immoler à la mort de leur époux.  Mais aujourd’hui encore subsistent des préjugés. Dans certains milieux populaires, leur seule présence est un mauvais présage. Personne ne veut s’en approcher.

C’est donc inhabituel, pour une veuve, de monter sur scène comme dans l’image ci-dessus, et de prendre part à une activité publique sans crainte. Particulièrement quand il s’agit d’allumer la lampe cérémoniale. Ce geste symbolique est une bénédiction qui préserve du malheur. Qu’une veuve soit investie d’un tel pouvoir devient forcément matière à bavardage, si ce n’est à scandale.

Lorsque l’un des plus grands chefs spirituels hindous honore de sa présence une telle cérémonie pour apporter son soutien à la cause, c’est qu’on assiste à un changement social digne d’une révolution. C’est exactement ce que SOPAR-Bala Vikasa espère : une véritable transformation des mentalités et la justice sociale pour les 15 000 veuves dont elle défend la cause depuis plus de 10 ans.

Cette année, SOPAR-Bala Vikasa a invité des leaders religieux de différentes confessions à appuyer la cause des veuves et à s’exprimer publiquement en leur faveur. Jusqu’à maintenant, tous ont répondu à l’appel. C’est qu’aucune des diverses doctrines religieuses ne comporte de mention discriminatoire à cet égard.

Ce que l’image ci-dessus ne dit pas, c’est qu’elle fut prise lors d’une conférence annuelle portant sur l’empowerment et réunissant 4 000 femmes et veuves. Ces femmes font partie de groupes d’entraide que SOPAR-Bala Vikasa a formé dans de nombreux villages pauvres de l’Inde.

Sri Gagnu Upendra Sharma, à gauche sur la photo, est le grand leader hindou de la province du Telangana, comptant à elle seule près de 30 millions d’Hindous. À l’invitation de SOPAR-Bala Vikasa, il s’est porté publiquement à la défense des veuves au cours des derniers mois réclamant la fin d’une injustice n’ayant rien à voir avec les principes hindous. Plusieurs leaders chrétiens et musulmans font également de même.

L’idée se répand. Des veuves osent se montrer en public, revendiquer leurs droits, défier les superstitions comme le fait cette veuve sur la photo. Devant 4 000 femmes, elle ose transgresser un tabou de plusieurs siècles. Un geste que d’autres répètent un peu partout et qui gagne des appuis dans toutes les sphères de la société. Dans les villages où œuvre SOPAR-Bala Vikasa, les autorités acceptent de plus en plus la participation des veuves. On les voit porter des bijoux, un autre interdit qui a la vie longue. On les invite lors d’événements publics tels que mariages et festivals. Certaines s’engagent dans des comités locaux.

La route qu’a entrouvert SOPAR-Bala Vikasa sera encore longue pour ces femmes. Elles peuvent toutefois compter sur des alliés dont personne n’espérait l’appui, hier encore. Ces nouvelles voix s’unissent maintenant et réclame des changements. Ils disent d’un seul chœur : « Justice pour les veuves, c’est justice pour tous ».